La vendeuse de couches
Joëlle : Quel concert de ouf ! Je suis KO.
Fabrice : Je ne me rappelle pas de la dernière fois que j'ai autant dansé.
Joëlle : Grave ! J'ai bougé mon boule comme Beyoncé, quoi.
Fabrice : On dirait plutôt Philippe Katerine.
Joëlle : Oh, tu ne me trouves pas sexy quand je déhanche comme ça ?
Fabrice : Ce n'est pas mal en réalité.
Joëlle : Et quand je caresse mes cheveux comme ça ?
Fabrice : Ok, ok. Je fais machine arrière, je me rétracte. Tu as carrement raison, j'ai eu tort mais, s'il tu plaît, ne me torture pas de cette façon.
Joëlle : Alors, ça veut dire que t'es attiré par Philippe Katerine !
Fabrice : Dison que j'ai de quoi parler avec mon psy cette semaine.
Joëlle : Et je n'ai pas encore fini de te faire taquiner.
Joëlle s'approche de Fabrice, leurs joues s'effleurent et Joëlle donne le coup final en murmurant tout doucement, avec ses lèvres humides; "Je sais faire d'autres trucs aussi.". Fabrice cède à ses charmes et l'embrasse passionnément.
Ils se trouvaient au milieu de ce grand parc. Vu d'en haut, ils n'étaient que deux petits points indistinguables parmi des milliers de personnes assistant au festival Hirondelles. Le couple était ensemble depuis trois mois, mais ce baiser avait un goût différent. La première voyage ensemble, la première semaine d'été, la première semaine de vacances. Le moment invitait à la découverte. A la découverte d'une ville inconnue, eloignée de leur quotidien et de leurs preoccupations. A la découverte de l'un et de l'autre et des nouveaux plaisirs. Ce baiser avait une saveur de liberté, de joie et d'insouciance.
Tous les deux ont compris la singularité de l'instant. Ils étaient enflammés. Ils n'ont eu besoin que d'un regard pour courir, main dans la main, jusqu'à l'éntrée du parc pour retrouver cet ascenseur en panne qui les avait intrigués plus tôt.
Le désir jouait avec eux. Leurs gestes oscillaient entre tendresse et brutalité, rationallité et spontanéité. Fabrice caressait affectuesement le visage angelical de Joëlle, pour ensuite la toucher violentement et l'embrasser mal-adroitement sur la bouche et le cou. Joëlle repoussait les mains de Fabrice lorsqu'elle réalisait qu'ils alaient trop loin, mais deux seconds plus tard, elle se retrouvait à genoux devant lui, les seins à l'air. C'est à l'intérieur de l'ascenseur qu'ils ont joui de leur vies.
Joëlle est de retour au parc deux ans plus tard. Cette fois, elle est seule. La sérénité qui règne ne laisse pas présager la huitième édition du festival Hirondelles qui aura lieu l'après midi. Elle ne peut pas empêcher le souvenir de cette nuit qui a basculé sa vie.
Joëlle : Je vis un enfer, Fabrice. Ils m'ont licensié. Ils ont dit qu'ils ne pouvaient pas tolérer un pervers dans le conseil. Je suis harcelé sur les reseaux, dans mon quartier. Je veux fuir d'ici.
Fabrice : Ne nous précipitons pas. Ce ne c'est qu'une parenthèse. Ça va passer, je t'assure.
Joëlle : C'est trop facile pour toi de dire ça. Tu es sorti comme le Casanova de Ménilmontant et moi la batifoleuse de l'ascenseur. Ce n'est pas ton visage qui est difusé par tout en train de soucer la teub d'un mec.
Fabrice part quelque mois plus tard aux États-Unis pour faire son stage à New York. Tout était déjà prévu, mais Joëlle ne lui perdonnerait jamais. La situation a évolué. Elle n'était plus la plus jeune conseillère d'une entreprise du CAC 40, citée par les grands médias specialisés comme la plus brillante dans son domaine et le futur visage de la France dans l'économie mondiale. Elle n'est qu'une future maman célibataire au chômage.
Le petit Noé viens au monde et Fabrice n'est pas la.
Fabrice : J'ai une grosse opportunité dans la boîte. Si je rénonce je n'ai rien a offrir à Noé. Si je reste, on peut assurer un bel futur à notre fils.
Joëlle : Tu es en train de me dire que je dois m'occuper toute seule de notre fils pour que toi tu puisses poursuivre ta carrière de l'autre côté de l'océan ?
Depuis ce jour, Joëlle n'entend plus des nouvelles de Fabrice. Après avoir avalé toute sorte de couleuvres, elle a retrouvé la force pour se refaire, pour construire un business à partir de rien et de sortir la tête de l'eau. Le ressentiment est toujour présent, cependant. Elle deviens amère quand elle pense à Fabrice.
Dans l'ascenseur, une jeune fille joue avec sa maman et lui pose plein de questions. Occupé par ses pensées, Joëlle n'a pas répondu toute de suite à la demande de la jeune fille.
Enfant: Est-ce que tu vas avoir un bébé ?
Avec un sourire cynique et légèrement effrayant, elle répond de manière acerbe : "Non. C'est juste mont ventre qui est plein de caca." Elle sort de l'ascenseur et savoure le retour du silence, maintenant que la jeune fille a enfin arrêté de parler.
Joëlle se promène dans le parc, histoire de créer des répères. L'herbe est encore humide de la pluie tombèe hier, le genre de pluie qui survient pendant les journées de grande chaleur. Elle sentait l'odeur de la terre mouillée et ça lui plaisait énormément. Elle cherchait un endroit discret, loin de la grande fontaine romantique ou les sculptures modernes récemment installées, évitant ainsi la foule de curieux ignorants. De l'autre côté, elle observait des enfants sur les balançoires, quelques autres qui grimpaient aux arbres et un bac à sable désert. Elle songe que ce ferait un bon point de rendez-vous et marche en direction le petit Saara, comme l'indiquait le panneau. Après quelques minutes de réflexion, une cigarrete et quelques messages envoyés, elle était convaincue de son choix. Une de ses associés l'appèle.
Joëlle : Bonjour Gabrielle ! Oui, tu as bien entendu on se donne rendez-vous dans le parc des Romantiques. Oui, c'est fait exprès. Je ne sais pas si Angèle est dans le set list, de toute façon nous ne somme pas la pour s'amuser. En plus, il faut me arrêter de m'appeler tout le temps. Il sera plus facile d'échanger des messages. Oui, à 16h.
C'était Gabrielle. Une fille folâtre que Joëlle a eu du mal à travailler au début mais qui a montré maintes fois sa compétence malgré sa personalité fou-fou.
Joëlle vendait des couches écologiques. C'était un franc succès. Les problèmes financiers n'étaient qu'un souvenir lointain. Il faut dire que l'argument écolo n'était pas le seul atout de sa gamme de couches. On pourrait même dire que la couche était secondaire, un simple emballage. Joëlle a eu la vision de son projet pendant la maternité. "Connaissez-vous une maman, un papa qui dirait que la parentalité est facile ? Au contraire, c'est difficile et surtout stressant. C'est sur ce denier point qu'on peut apporter un soulagement". Dans les couches se cachait quelques grammes d'une herbe très recherché.
Garielle : Le festival n'est pas mal. J'adoré la touche du sourcier. Cette bière a été préparé par un sourcier, je te jure. En fait, un mec vêtu de sourcier. Très drôle, très fort le type.
Joëlle : Tu as la liste des mamans ?
Garielle : Oui, nous avons 10 mamans cette semaine, dont trois nouvelles clientes que j'ai convencu dans la salle d'attent du docteur H.
Joëlle : Super, très bien. Tu as ses donnés ? Il faut méner notre petite enquête avant de les accepter.
Garielle : Oui. Nous avons madame Clémenceau, Boudin et Doué-d'Avignon.
Joëlle : Pardon, le dernière nom c'était lequel ?
Garielle : Doué-d'Avignon. Drôle de nom. Jamais entendue.
C'était le nom de Fabrice. Étant donné qu'il n'a pas de soeur et que sa mère était dans la soixantaine, il était fort probable que madame Doué-Avignon soit la nouvelle compagne de Fabrice.
Joëlle : Quel culot ! Espèce de salaud, maudit.
Gabrielle : Quoi ?
Joëlle : Très bien. Je te file les colis de cette semaine à livrer chez Victor. Tu fouilles sur Clémenceau et Boudin et moi je vérifie la Doué-d'Avignon.
Gabrielle : Tu es sûre ? Tu ne joues pas d'habitude le rôle d'enquêteur.
Joëlle : Je connais quelqu'un avec ce nom et je me doute qu'elle soit sa femme.
Joëlle s'était promis de jamais contacter Fabrice, mais elle était prête à faire une exception pour préparer sa vengeance.