La parenthèse americaine
Fabrice a quitté son pays à l'âge de 23 ans et il en a désormais 28. Il a laissé sa copine enceinte de trois mois en promettant de revenir après son stage, mais il ne l'a pas fait. Il a tenté de la rencontrer il y a deux ans lorsqu'il est rentré en vacances, mais Joële a disparu. Il n'a jamais reconnu son fils, et il porte cette culpabilité avec lui. Il a choisi de rester aux États-Unis, travaillant comme un chien dans l'espoir de gravir les échelons de l'entreprise. Sa déception a été profonde lorsqu'il a été licencié par son manager. Les economies sauvés pendant les deux premières années ont disparu lors de sa recherche d'un nouvel emploi. Il a fini par en décrocher un à l'autre bout du continent, encore plus éloigné de la France. Malgré les inquiétudes inhérentes à un tel changement, il a saisis cette opportunité comme sa dernière chance de poursuivre son rêve americain.
Sandrine : Tu sembles triste, Fabrice. As-tu des soucis au travail ?
Fabrice : Je pense à Paris. L'envie de rentrer me gagne de jour en jour.
Sandrine : Oh, cela m'étonne. Après des années difficiles à se battre en Amerique, tu envisage de tout laisser ?
Fabrice : Tu connais bien mes questions non réglés à Paris.
Sandrine : As-tu retrouvé ton fils ?
Fabrice : Non, mais il sera encore plus improbable de le retrouver si je reste ici.
Sandrine : Et pourquoi maintenant ? Ton fils a quoi, 4 ans ? Pourquoi n'es tu rentré plus tôt ?
Fabrice : Par peur, je crois. Je ne voudrais pas être perçu comme un échec. Je ne voudrais pas être celui qui quite son pays remplis d'espoir pour poursuivre une carrière et rentre avec la queue entre les jambes.
Sandrine : Je comprends, et je suis la pour te soutenir. Tu sais bien que je n'ai jamais approuvé la manière dont tu t'es comporté envers ton ex-femme et ton fils. Au-delà de cela, cela me ferait plaisir de rentrer. Je l'aurais fait depuis longtemps, mais je savais combien ta carrière était important pour toi.
Fabrice a rencontré Sandrine quelques mois après son arrivée en Californie. Le samedi suivant la signature de son contrat, Fabrice décide de célebrer son nouveau poste d'Analyste Financier chez Lionsgate. Il prend sa voiture et se rend au pier. Si quelqu'un le voyait, il pourrait penser que Fabrice est un touriste, pourtant, il est installé depuis trois mois et le pier n'est qu'à cinq minutes de chez lui. En fait, le très celèbre quartier du Pier de Santa Monica lui était resté inconnu pendant toute sa période d'essai, période au cours de laquelle il a effectué des journées de travail de 12 heures, consacrant son temps libre à étudier et à dévorer toutes les références qu'il trouve sur l'industrie du divertissement et ses specificités. Il a très vite appris à rédiger un Greenlight package et à optimiser les coûts de distributions.
Il s'arrête devant ce restaurant viste plage qui semblait servir des fruits de mer vu le nom "The Lobster". L'endroit était bondé des clients et Fabrice a resté quelques minutes à l'entrée en attendant que quelqu'un vienne vers lui pour lui proposer une table. Passé cinq minutes et agacé par la faim, il part chercher quelqu'un.
Fabrice : Excuse me. Would you have a table available for one person ?
Sandrine : I'm sorry, but I don't work here.
Fabrice : Oh, I'm sorry. I thought you work here because of your clothes, I mean it looks like the servers uniform. I'm really sorry.
Sandrine : Ce n'est pas grave ! Vous n'êtes pas le premier et c'est bien de ma faute. Le manager m'a même demandé de servir une planche de bières à la table 43.
Fabrice : Je crois que mon fort accent m'a trahi.
Sandrine : Je ne vais pas vous mentir. Oui, vous avez un sacré accent, haha. Mais no stress: les américains se fichent de votre accent et y en a qui le trouveraient même charmant... Excuse me, the gentleman here would like to have a table if it is possible.
Fabrice : Vous m'avez trouvé une table de toute façon ! Écoutez, je ne veux pas être intrusif et vous gêner, mais j'aimerais si vous acceptiez de me rejoindre.
Sandrine : Cela ne me gêne pas et je l'accepte avec plaisir !
Il avait l'air bizarre d'entamer une discussion en français après tout ce temps à ne parler que l'anglais. Il était aux anges car il savait que, le temps d'un déjeuner, il n'aurait pas à se casser la tête pour trouver le mot juste ni à se mordre les doigts de rester silencieux faute de bien s'exprimer.
Fabrice : On dirait que vous êtes americaine. Je n'entend aucune trace du accent français quand tu parle. Quel est ton secret ?
Sandrine : Être en couple avec des américains. Ça m'a vraiment donné un coup de pouce pour enrichir mon vocabulaire et m'entraîner tous les jours. Mon travail a joué un rôle aussi. Je suis actrice et j'ai eu un professeur d'anglais qui m'a accompagnée pendant longtemps pour atténuer mon accent francais.
Fabrice : Je pensais que y en avait qui le trouvait charmant.
Sandrine : Vous reprends mes paroles ! Oui, je reconnais que j'ai fait des efforts pour le dissimuler, mais cela ne rend pas faux ce que je vous disais. Savoir cacher mon accent élargit mes possibilités dans le métier. Je peux jouer l'Americaine et la Française.
Fabrice : Je vous taquine, je comprends très bien. Cela a été une chose intelligent à faire. Je devrais faire pareil. Je suis à l'aise avec mon niveau d'anglais mais je manque de souplesse. J'ai l'impression que cela me retient un peu dans mes rélations avec les americains, je me sens...
Sandrine : Bête. Stupide. Enfantile.
Fabrice : Oui, exactement ça.
Fabrice a trouvé chez Sandrine la cumplicité qu'il revait depuis qu'il a posé le pied en Amérique. Il était très content d'avoir croisé la route de Sandrine. Cele se voyait dans ses yeux pétillants, dans ses gestes frémissants. Et on pourrait dire la même chose de Sandrine. Fabrice voudrait en savoir de plus en plus sur elle.
Sandrine : Mon histoire est aussi bateau que j'ai honte de le raconter. Mais bon, je vais quand même vous la partager. J'étais venu pour devenir une star d'Hollywood. J'ai commencé à enchaîner des petits rôles dans les théatres à Paris quand ce monsieur m'a proposé de faire un essai pour un film de Lellouche, Le grand bain, je ne sais pas si vous l'avez vous.
Fabrice : Oui, je l'ai vu.
Sandrine : Voilà ! C'était une toute petite scène avec la fille du métalleux du groupe. Mais bon, la scène a été coupé du film mais c'est grâce a cette experience que j'ai pu venir à LA. Ils ont offert un cours de comédie à LA à moi et à ma partenaire de scène. Trois mois, tout payé. C'était le rêve d'une jeune fille de 20 ans.
Fabrice : Et vous parlez déjà l'anglais ?
Sandrine : Oui, je me débrouillais très bien et jouer les scènes n'était pas un soucis car j'ai une très bonne mémoire. L'impro c'est une autre paire de manches.
Fabrice : Je croyais être courageux. Je suis venu dans un cadre beaucoup plus sûr. J'étais récent diplomé, avec de belles lettres de recommendations pour commencer une carrière dans une très belle entreprise financière. Je viens de démanager de New York pour poursuivre ma carrière dans le monde du cinama aussi. Je travaille chez Lionsgate.
Sandrine : Oh, c'est parfait. Je suis en train de tourner une série pour eux. On se verra très souvent alors.
Fabrice et Sandrine sont de retour à Paris. Ils sont accompagnés de leur bébé Adam. Ils ont beaucoup de choses à régler avec leur rentrée et avoir un petit garçon à surveiller n'est pas de tout repos. Sandrine prépare une sourprise pour le couple. Un weekend en amoureux sans le bébé pour retrouver un peu la vie d'avant. Un moment pour reprendre du souffle jusqu'a la fin de l'année. Cela inclut une nuit romantique dans un hôtel avec petit dej, suivi d'une balade au parc des Bagatelles et une seànce Netflix chez eux avec un petit boost pour le moral. Sandrine a trouvé son nouveau fournisseur de bonheur et elle était très curieuse d'experimenter ce ganja qui venait dans des couches.