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Couple ouvert à deux battants


Homme: Ne fais pas de conneries... Antonia, sors... dis quelque chose! Qu'est-ce que tu fais? Écoute, tu as peut-être raison, c'est de ma faute, sors de là, je t'en prie... ouvre cette porte! On va parler, d'accord?... Pourquoi fais-tu des tragédies à propos de tout ?!... Bon sang! On doit pouvoir résoudre ce genre de choses entre gens raisonnables, non?! (Il lorgne par le trou de la serrure.) Tu es une folle inconsciente, voilà ce que tu es!

Antonia, comme si elle énonçait des didascalies.

Antonia: La folle inconsciente enfermée dans l'autre pièce, qui est censée être la salle de bains, c'est moi. L'autre, celui qui hurle et me supplie de ne pas faire de conneries, c'est mon mari.

Homme continue à parler comme si elle était toujours dans la salle de bains.

Homme: Antonia, sors de là, je t'en prie.

Antonia: Je suis en train d'avaler un cocktail de comprimés: Mogadon, Rohypnol, Optalidon, Véronal, Cibalgine et dix-huit suppositoires de Nisidine... en petits morceaux... le tout par voie orale.

Homme: Antonia, dis quelque chose!

Antonia: Mon mari a déjà appelé l'ambulance... Ils vont arriver bientôt... ils vont défoncer la porte...

Homme: Le Samu arrive. Ils vont démolir la porte. C'est la troisième fois en un mois, merde!

Antonia: Ce qui m'embête le plus dans ces interventions, ce sont les lavages d'estomac... le tube enfoncé dans la gorge... l'hébétude prolongée... l'expression embarrassée de l'entourage. Et après, fatalement, on m'oblige à aller chez le psychanalyste... pardon, l'analyste... un crétin... un crétin qui me regarde en silence pendant deux heures, la pipe au bec... puis tout à coup, il me fait: (en appuyant sur les mots) "Pleurez, madame, pleurez!"

Homme: Antonia, dis quelque chose! Ne fût-ce qu'un râle, je comprendrai au moins où tu en es! Bon, je m'en vais et tu ne me verras plus! (Il lorgne par le trou de la serrure.)

Antonia: À vrai dire, ce n'est pas la première fois que je veux mourir.

Homme: N'avale pas les comprimés jaunes! Ce sont mes pilules contre l'asthme!

Antonia: Un jour, j'ai même essayé de me jeter par la fenêtre... il m'a rattrapée au vol.

Pleins feux. La femme court vers la fenêtre placée à l'avant scène, et grimpe sur l'appui de fenêtre.

L'homme, la ratrappant au vol, par une cheville.

Homme: Antonia! Arrête, arrête!

Antonia: Lâche-moi! Lâche-moi!

Homme: Tu as raison, je suis un salaud, mais je te le jure, c'est la dernière fois que je te mets dans une situation pareille...

Antonia: Je n'en ai plus rien à faire... de toi, de tes histoires et de tes nanas idiotes!

Homme: Tu aurais préfére qu'elles soient intelligentes? Bon, descends!... on va se parler... au niveau du sol.

Antonia: Non! Je m'en fous, je saute!

Homme: Non!

Antonia: Si!

Homme: Je te casserais plutôt la cheville!

Antonia: Laisse-moi!

Homme: Je vais te la casser!

Antonia: Non! (Un hurlement terrible.) Aaaaaah! (S'addressant au public, sur un ton normal.) Il me l'a vraiment cassée, ce crétin!

Elle descend de l'appui de fenêtre. Le mari lui passe la béquille Antonia: La jambe plâtrée pendant un mois. Plâtrée, mais vivante! Et tout le monde me demandait: "Tu es allée au ski?" J'avais les boules!

Elle traverse la scène en boitillant, va poser la béquille contre un mur, puis ouvre le tiroir de la table ou d'un autre meuble et en extrait un revolver

Antonia: Une fois, j'ai essayé de me tirer un coup de revolver...

Homme: Non, arrête... merde! Il est neuf. Je ne l'ai pas encore déclaré! Tu veux qu'on m'arrête?

Antonia parle au public, avec un certain détachement par rapport à l'action.

Antonia: Si j'avais envie de mourir, c'était toujours pour la même raison: lui, il ne m'aimait plus... il ne me désirait plus... Et la tragédie éclatait ç chaque fois que je découvrais une nouvelle liaison de mon mari. (Elle pointe le revolver sur sa tempe.)

L'homme essaie de lui prender le revolver

Homme: Essaie de comprendre, avec les autres c'est une affaire de sexe, sans plus!

Antonia: Avec mo... il n'est même plus question de sexe.

Homme: Mais avec toi, c'est différent... pour toi, j'ai... une grande estime...

Antonia, abandonnant toute résistance, conciliante:

Antonia: Ah, bon... s'il y a de l'estime! Qu'est-ce qui compte le plus, entre un homme et une femme? L'estime, non? Va te faire foutre!

Homme: Eh ben!

Antonia au public

Antonia: Oui, dans ces cas-là, je devenais vraiment triviale... c'étaient les banalités de mon mari qui me faisaient sortir de mes gonds. L'estime!... On ne pouvait plus continuer comme ça, ça faisait un bout de temps qu'il ne faisait plus l'amour avec moi...

Homme: Je ne vois pas l'intérêt de déballer tout ça en public...

Antonia: Ça t'embête, hein!...

Homme: Eh!...

Antonia, au public.

Antonia: Au début, je croyais qu'il était malade, épuisé... (Elle s'apprête à passer devant la fenêtre, à l'avant-scène. Le mari l'arrête.)

L'homme, effrayé.

Homme: Attention! C'est le vide, là!